{"id":12,"date":"2020-03-11T09:38:05","date_gmt":"2020-03-11T08:38:05","guid":{"rendered":"http:\/\/sciences-medias.fr\/blogs\/stations-maritimes\/?page_id=12"},"modified":"2020-04-27T13:38:48","modified_gmt":"2020-04-27T11:38:48","slug":"focus","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/sciences-medias.fr\/blogs\/stations-maritimes\/tamaris\/focus\/","title":{"rendered":"Histoire de l\u2019Institut Michel Pacha&nbsp;:<br\/>focus sur les ann\u00e9es 2008 \u2013 2019<\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><strong>Comme le titre de cet article l\u2019indique, l\u2019objectif est de d\u00e9tailler l\u2019histoire r\u00e9cente \u2013 les douze derni\u00e8res ann\u00e9es \u2013 et complexe, impliquant de nombreux \u00ab acteurs \u00bb, qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e autour et \u00e0 propos d\u2019une station maritime originale et superbe, situ\u00e9e sur la commune de La Seyne-sur-Mer, dans le Var, l\u2019Institut Michel Pacha. Mais cette histoire r\u00e9cente ne peut \u00eatre abord\u00e9e sans rappeler, m\u00eame bri\u00e8vement, sa naissance et sa construction, et le premier si\u00e8cle de son activit\u00e9. Comme dans beaucoup de grandes histoires, celle-ci commence par la rencontre de deux grandes personnalit\u00e9s\u2026<\/strong><\/p>\n<h2>Sommaire<\/h2>\n<ul class=\"sousmenu_haut1\">\n<li><strong> <a href=\"#ancrepartie1\">1. Naissance et vie de l\u2019Institut Michel Pacha&nbsp;: un si\u00e8cle d\u2019activit\u00e9s scientifiques<\/a><\/strong>\n<ul class=\"sousmenu_haut2\">\n<li>1.1. Le r\u00f4le fondateur de Rapha\u00ebl Dubois\n<ul class=\"sousmenu_haut3\">\n<li>1.1.1. Naissance de l\u2019Institut Michel Pacha (IMP)<\/li>\n<li>1.1.2. Les recherches de Rapha\u00ebl Dubois<\/li>\n<li>1.1.3. Les successeurs de Rapha\u00ebl Dubois<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li>1.2. L\u2019empreinte de Gabriel P\u00e9r\u00e8s<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong><a href=\"#ancrepartie2\">2. Les transformations profondes de l\u2019Institut Michel Pacha entre 1988 et nos jours<\/a><\/strong>\n<ul class=\"sousmenu_haut2\">\n<li>2.1. La succession de G\u00e9rard Brichon (1988\u20132008)\n<ul class=\"sousmenu_haut3\">\n<li>2.1.1. L\u2019activit\u00e9 scientifique et les collaborations port\u00e9es pendant vingt ans par le nouveau directeur<\/li>\n<li>2.1.2. L\u2019Institut reste pendant des ann\u00e9es un lieu d\u2019enseignement privil\u00e9gi\u00e9<\/li>\n<li>2.1.3. Le financement des recherche et l\u2019entretien de la Station proviennent largement de financeurs ext\u00e9rieurs \u00e0 la tutelle UCBL<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li>2.2. La fermeture du laboratoire de biologie marine et ses cons\u00e9quences (2008\u20132019)\n<ul class=\"sousmenu_haut3\">\n<li>2.2.1. Annonce de la fermeture et d\u00e9m\u00e9nagement de la Station<\/li>\n<li>2.2.2. Les associations seynoises se mobilisent pour les b\u00e2timents de la corniche, et en particulier l\u2019Institut Michel Pacha, b\u00e2timent embl\u00e9matique de la commune<\/li>\n<li>2.2.3. Les h\u00e9ritiers de Michel Pacha font valoir leurs droits<\/li>\n<li>2.2.4. Le projet ANTARES install\u00e9 \u00e0 Tamaris d\u00e8s 2006<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Conclusion<\/strong>\u00a0: l\u2019IMP, une histoire privil\u00e9gi\u00e9e pour l\u2019\u00e9tude du fonctionnement de la science<\/li>\n<\/ul>\n<h1 id=\"ancrepartie1\">1. Naissance et vie de l\u2019Institut Michel Pacha&nbsp;: un si\u00e8cle d\u2019activit\u00e9s scientifiques<\/h1>\n<h2>1.1. Le r\u00f4le fondateur de Rapha\u00ebl Dubois<\/h2>\n<h3>1.1.1. Naissance de l\u2019Institut Michel Pacha (IMP)<\/h3>\n<p>Blaise Jean Marius Michel de Pierredon, dit Michel Pacha (1819\u20131907), est un marin, officier, et un homme d\u2019affaires. Il fait fortune en construisant des phares et des balises dans tout l\u2019empire ottoman&nbsp;<a id=\"ap1\" href=\"#nt1\"><sup>1<\/sup><\/a>. En 1890, apr\u00e8s sa rencontre avec Rapha\u00ebl Dubois, professeur \u00e0 la facult\u00e9 des sciences de Lyon, il fait un legs d\u2019un terrain \u00e0 Tamaris, sur la commune de La Seyne-sur-Mer (Var) \u00e0 la facult\u00e9, devenue plus tard l\u2019Universit\u00e9 Lyon&nbsp;1 \u2013 Louis Lumi\u00e8re, puis actuellement Universit\u00e9 Claude Bernard Lyon&nbsp;1 (UCBL). Il l\u00e8gue un terrain de 2&nbsp;700&nbsp;m<sup>2<\/sup> \u00e0 Tamaris, commune de La Seyne-sur-Mer, et un stock de pierres, pour construire un b\u00e2timent de recherche selon les plans qu\u2019il a lui-m\u00eame propos\u00e9s, sous la direction d\u2019un architecte suisse, Paul Page&nbsp;<a id=\"ap2\" href=\"#nt2\"><sup>2<\/sup><\/a>. Les conditions du legs sont pr\u00e9cises&nbsp;: la station portera le nom de Michel Pacha, le b\u00e2timent sera de style mauresque, du moins pour sa fa\u00e7ade principale, face \u00e0 la mer, et le directeur de la station sera le titulaire de la chaire de physiologie de la facult\u00e9 des sciences de Lyon. Plus tard, nous y reviendrons, les chaires \u00e9tant supprim\u00e9es, le directeur devra \u00eatre un enseignant-chercheur de l\u2019universit\u00e9 de Lyon&nbsp;1. M\u00eame si plusieurs financeurs participent \u00e0 la construction du b\u00e2timent, ce sont essentiellement Michel Pacha (\u00e0 hauteur de 37&nbsp;%) et la facult\u00e9 des sciences de Lyon (\u00e0 hauteur de 39&nbsp;%) qui financent le projet&nbsp;<a id=\"ap3\" href=\"#nt3\"><sup>3<\/sup><\/a>. Auparavant, Michel Pacha avait rachet\u00e9 de nombreux terrains sur la commune de La Seyne avec pour objectif de construire plusieurs villas et b\u00e2timents, et d\u2019\u00e9difier la premi\u00e8re station baln\u00e9aire fran\u00e7aise sur la c\u00f4te m\u00e9diterran\u00e9enne. D\u2019apr\u00e8s G\u00e9rard Brichon (2016)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Rapha\u00ebl Dubois devient en 1887 le second directeur de la chaire de physiologie g\u00e9n\u00e9rale et compar\u00e9e de la facult\u00e9 des sciences de Lyon&nbsp;\u00bb. La station est inaugur\u00e9e en 1901 et, au cours des premi\u00e8res ann\u00e9es, l\u2019Institut Michel Pacha (IMP) n\u2019est utilis\u00e9 que deux \u00e0 trois mois par an. <\/p>\n<h3>1.1.2. Les recherches de Rapha\u00ebl Dubois<\/h3>\n<p>N\u00e9 au Mans en juin 1849, Rapha\u00ebl Dubois suit un cursus m\u00e9dical \u00e0 la facult\u00e9 de Tours, puis \u00e0 Paris. Devenu pharmacien et docteur en m\u00e9decine, il occupe les fonctions de pr\u00e9parateur dans le laboratoire de Paul Bert \u00e0 la Sorbonne, avant d\u2019\u00eatre nomm\u00e9 professeur de physiologie g\u00e9n\u00e9rale compar\u00e9e \u00e0 la facult\u00e9 des sciences de Lyon en 1887&nbsp;<a id=\"ap4\" href=\"#nt4\"><sup>4<\/sup><\/a>. Il s\u2019int\u00e9resse en particulier \u00e0 la bioluminescence, qui fait sa renomm\u00e9e, l\u2019\u00e9mission de lumi\u00e8re par les organismes vivants. Seuls les bact\u00e9ries, les champignons, les insectes, les c\u0153lent\u00e9r\u00e9s, les mollusques et les poissons sont capables d\u2019\u00e9mettre de la lumi\u00e8re, et pour la tr\u00e8s grande majorit\u00e9, des animaux marins. La dissection minutieuse d\u2019un insecte, un pyrophore, en 1884, fut la premi\u00e8re \u00e9tape qui lui fit d\u00e9couvrir le m\u00e9canisme de la biophotog\u00e9n\u00e8se. \u00c0 Tamaris, il disposait \u00e0 cet effet de nombreuses ressources animales, comme par exemple la pholade dactyle. Il montra que la bioluminescence correspond \u00e0 la r\u00e9action d\u2019une enzyme, la lucif\u00e9rase, avec son substrat, la lucif\u00e9rine&nbsp;: l\u2019enzyme catalyse son oxydation gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019oxyg\u00e8ne ambiant. Les s\u00e9jours de Rapha\u00ebl Dubois \u00e0 Tamaris lui donn\u00e8rent la possibilit\u00e9 de travailler sur plusieurs sujets diff\u00e9rents&nbsp;: la bioluminescence bien s\u00fbr, mais aussi la thermog\u00e9n\u00e8se et la culture des perles. <\/p>\n<h3>1.1.3. Les successeurs de Rapha\u00ebl Dubois<\/h3>\n<p>Rapha\u00ebl Dubois prit sa retraite en 1920, mais garda des liens \u00e9troits avec la station jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 1929. Son successeur, \u00c9mile Couvreur, dirigea le laboratoire depuis L\u2019universit\u00e9 de Lyon \u00e0 laquelle l\u2019IMP \u00e9tait associ\u00e9 et dans les faits, c\u2019est Rapha\u00ebl Dubois qui r\u00e9sidant \u00e0 Tamaris, travaillait toujours \u00e0 la station. Un naturaliste et physiologiste parisien, Henri Cardot, succ\u00e8da \u00e0 \u00c9mile Couvreur en 1926. Dipl\u00f4m\u00e9 d\u2019\u00e9tudes sup\u00e9rieures en pharmacie et en m\u00e9decine, agr\u00e9g\u00e9 de sciences naturelles, il soutient sa th\u00e8se en 1912 sur un sujet li\u00e9 \u00e0 l\u2019excitabilit\u00e9 nerveuse. Il devient en 1917 pr\u00e9parateur \u00e0 la facult\u00e9 de m\u00e9decine de Paris, chez Charles Richet. Ces dix ann\u00e9es de collaboration orientent ses recherches vers la microbiologie, sans que cela l\u2019emp\u00eache de poursuivre d\u2019autres recherches sur l\u2019excitabilit\u00e9 neuromusculaire &nbsp;<a id=\"ap5\" href=\"#nt5\"><sup>5<\/sup><\/a>. Nomm\u00e9 \u00e0 Lyon, il d\u00e9veloppe de fa\u00e7on importante la station maritime en la dotant notamment d\u2019\u00e9quipements vari\u00e9s. Il faut noter que d\u00e8s cette date, Henri Cardot b\u00e9n\u00e9ficie de cr\u00e9dits universitaires, mais aussi de financements associatifs (Caisse nationale de la recherche scientifique) et priv\u00e9s (Fondation Rockefeller). Et \u00e9galement, \u00ab&nbsp;il fait profiter un grand nombre de chercheurs fran\u00e7ais et \u00e9trangers des ressources renouvel\u00e9es de la station&nbsp;\u00bb. Il accueille aussi en 1936 la dixi\u00e8me r\u00e9union annuelle de l\u2019Association des Physiologistes, ce qui montre une certaine notori\u00e9t\u00e9 du lieu \u00e0 cette \u00e9poque. En parall\u00e8le, il travaille sur la contraction cardiaque, avec des mollusques comme mod\u00e8les biologiques, avec Antoine Jullien qui connaissait bien la faune marine de la baie du Lazaret. Ils d\u00e9crivent en d\u00e9tail la structure du myocarde de plusieurs mollusques et, \u00e9tudiant la composition des milieux int\u00e9rieurs, mettent au point un liquide de perfusion qui maintient l\u2019activit\u00e9 cardiaque d\u2019animaux diss\u00e9qu\u00e9s pendant plusieurs jours. Les recherches d\u2019Henri Cardot ont \u00e9t\u00e9 interrompues pendant la Seconde Guerre mondiale, pendant l\u2019occupation italienne puis allemande. Il d\u00e9c\u00e8de en 1942. Son successeur, Daniel Cordier, travaille sur les r\u00e9ponses m\u00e9taboliques d\u2019esp\u00e8ces animales vari\u00e9es aux modifications des facteurs du milieu, un champ d\u2019activit\u00e9 pr\u00e9curseur des \u00e9tudes actuelles d\u2019\u00e9cotoxicologie, par exemple. Entre 1940 et 1945, Daniel Cordier fr\u00e9quente des physiologistes et des biochimistes anglais. V\u00e9t\u00e9rinaire de formation, il reprend la direction de l\u2019IMP en ruine et remet l\u2019Institut en \u00e9tat pour le rouvrir en 1948. Il attire des chercheurs, dont Gabriel P\u00e9r\u00e8s qui jouera un r\u00f4le important pour la station pendant la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. <\/p>\n<h2>1.2. L\u2019empreinte de Gabriel P\u00e9r\u00e8s<\/h2>\n<p>Gabriel P\u00e9r\u00e8s (1920-2004), docteur v\u00e9t\u00e9rinaire, devenu \u00e0 son tour professeur de physiologie g\u00e9n\u00e9rale et compar\u00e9e \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Lyon&nbsp;1, fait de l\u2019IMP une station p\u00e9renne, avec une \u00e9quipe permanente. Il organise des stages d\u2019\u00e9tudiants, et accueille des coll\u00e8gues fran\u00e7ais et \u00e9trangers \u00e0 la station. En 1968, il obtient la construction d\u2019un nouveau b\u00e2timent, qui portera par la suite son nom, qui abrite un grand laboratoire, un vivier et des chambres pour les \u00e9tudiants stagiaires. Il consacre une partie de ses recherches \u00e0 la physiologie des animaux aquatiques, \u00e0 la nutrition des poissons, ce qui permettra d\u2019am\u00e9liorer les conditions d\u2019\u00e9levage&nbsp;<a id=\"ap6\" href=\"#nt6\"><sup>6<\/sup><\/a>. Il s\u2019attelle \u00e9galement \u00e0 tout un ensemble de recherches appliqu\u00e9es aux variations physiques du milieu marin, et acquiert une large expertise en \u00e9cotoxicologie. Il reste directeur de l\u2019Institut jusqu\u2019en 1988, o\u00f9 la rel\u00e8ve est assur\u00e9e par son assistant G\u00e9rard Brichon. <\/p>\n<h1 id=\"ancrepartie2\">2. Les transformations profondes de l\u2019Institut Michel Pacha entre 1988 et nos jours<\/h1>\n<h2>2.1. La succession de G\u00e9rard Brichon (1988-2008)<\/h2>\n<h3>2.1.1. L\u2019activit\u00e9 scientifique et les collaborations port\u00e9es pendant vingt ans par le nouveau directeur<\/h3>\n<p>G\u00e9rard Brichon devient \u00e0 son tour directeur de l\u2019IMP, alors que les chaires universitaires sont supprim\u00e9es. Il est le premier depuis pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle \u00e0 \u00eatre \u00ab&nbsp;simple&nbsp;\u00bb ma\u00eetre de conf\u00e9rences des universit\u00e9s et travaille \u00e0 l\u2019IMP \u00e0 temps complet. Il suit la trace de Gabriel P\u00e9r\u00e8s en multipliant les sujets de recherche et les collaborations, notamment avec des organismes qui lui permettaient de financer des recherches plus fondamentales. Ainsi, le laboratoire d\u00e9veloppe des collaborations avec des universit\u00e9s \u00e9trang\u00e8res, avec un laboratoire rattach\u00e9 \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Harvard o\u00f9 G\u00e9rard Brichon a s\u00e9journ\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises, avec l\u2019universit\u00e9 d\u2019Ottawa (laboratoire du professeur Jean-Michel Weber), avec l\u2019universit\u00e9 de Duke (avec le professeur Yussuf Annun, qui a ensuite d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 \u00e0 Charleston), avec l\u2019universit\u00e9 de Lodz en Pologne, mais aussi avec le Service de sant\u00e9 des arm\u00e9es, \u00e0 Toulon, avec l\u2019Institut de physiologie f\u00e9d\u00e9rative \u00e0 Lyon, ou encore avec une station INRA situ\u00e9e \u00e0 Saint-P\u00e9e-sur-Nivelle. Mais le laboratoire de Tamaris est un laboratoire de biochimie \u00ab&nbsp;pure et dure&nbsp;\u00bb et de physiologie marine. Jacques Bodennec, qui avait fait ses \u00e9tudes de 3<sup>e<\/sup> cycle \u00e0 l\u2019institut (1993-1999), insiste sur ce point&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le laboratoire \u00e9tait \u00e9quip\u00e9 pour faire de la biochimie des lipides complexes, avec des \u00e9quipements sp\u00e9cifiques [\u2026], il n\u2019avait jamais pass\u00e9 le cap de l\u2019utilisation d\u2019outils modernes que permettent la biologie mol\u00e9culaire ou la g\u00e9n\u00e9tique par exemple.&nbsp;\u00bb <\/p>\n<h3>2.1.2. L\u2019Institut reste pendant des ann\u00e9es un lieu d\u2019enseignement privil\u00e9gi\u00e9<\/h3>\n<p>Des \u00e9tudiants de l\u2019UCBL viennent chaque ann\u00e9e s\u00e9journer \u00e0 la station pour des cours \u00ab&nbsp;int\u00e9gr\u00e9s&nbsp;\u00bb m\u00ealant cours th\u00e9oriques et travaux pratiques. Avec un coll\u00e8gue de Lyon, G\u00e9rard Brichon monte un master recherche et un master professionnel de 2<sup>e<\/sup> ann\u00e9e (initialement un DEA devenu un master de 2<sup>e<\/sup> ann\u00e9e) de \u00ab&nbsp;physiologie et d\u2019adaptation \u00e0 l\u2019environnement extr\u00eame&nbsp;\u00bb. Les \u00e9tudiants sont log\u00e9s \u00e0 Tamaris, au sein m\u00eame de la station. Il a \u00e9galement mont\u00e9 un master professionnel \u00ab&nbsp;Technologies en physiologie et biochimie marines&nbsp;\u00bb, en limitant l\u2019effectif \u00e0 12 \u00e9tudiants qui s\u2019ins\u00e9raient \u00e0 l\u2019issue de leurs dipl\u00f4mes dans le monde professionnel. Le groupe LVMH et \u00ab&nbsp;une vingtaine d\u2019industries&nbsp;\u00bb acceptaient un ou plusieurs stagiaires chaque ann\u00e9e, et certains professionnels intervenaient pour des cours du master. La tentative de poursuivre en master europ\u00e9en, pour lequel G\u00e9rard Brichon avait travaill\u00e9, a \u00e9chou\u00e9 au niveau des conseils de l\u2019UCBL. <\/p>\n<h3>2.1.3. Le financement des recherche et l\u2019entretien de la Station proviennent largement de financeurs ext\u00e9rieurs \u00e0 la tutelle UCBL<\/h3>\n<p>L\u2019IMP est situ\u00e9 sur la corniche Georges-Pompidou, tout pr\u00e8s de la mer, ce qui n\u00e9cessite des r\u00e9parations et un entretien fr\u00e9quent des b\u00e2timents et des annexes, et un renouvellement des mat\u00e9riels. L\u2019entretien des b\u00e2timents \u00e9tait th\u00e9oriquement \u00e0 la charge de l\u2019universit\u00e9. Pourtant, G\u00e9rard Brichon indique qu\u2019il a d\u00fb assez syst\u00e9matiquement faire appel \u00e0 d\u2019autres financeurs&nbsp;: les municipalit\u00e9s environnantes, le conseil g\u00e9n\u00e9ral ou le syndicat des communes du littoral varois. Lorsqu\u2019il a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 directeur, il a d\u00fb faire refaire la toiture compl\u00e8te, boiseries et tuiles, la fa\u00e7ade, la chaufferie, l\u2019installation t\u00e9l\u00e9phonique et les bassins. Pourtant, avant la d\u00e9cision de fermeture en 2008, les installations \u00e9taient fragilis\u00e9es. Jacques Bodennec pr\u00e9cise&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il aurait fallu r\u00e9aliser un certain nombre d\u2019investissements, pour remettre les locaux et les machines aux normes de s\u00e9curit\u00e9.&nbsp;\u00bb L\u2019entretien des b\u00e2timents est d\u2019autant plus d\u00e9licat qu\u2019ils sont class\u00e9s Monuments historiques, y compris les grilles d\u2019enceinte. <\/p>\n<h2>2.2. La fermeture du laboratoire de biologie marine et ses cons\u00e9quences (2008-2019)<\/h2>\n<h3>2.2.1. Annonce de la fermeture et d\u00e9m\u00e9nagement de la Station<\/h3>\n<p>Au cours de la pr\u00e9sidence de Lionel Collet \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Claude Bernard \u2013 Lyon&nbsp;1 (2006-2011), le laboratoire de biologie marine est ferm\u00e9 (le 1<sup>er<\/sup> mai 2008), officiellement pour non respect des consignes de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00e9poque. Sans mettre trop l\u2019accent sur un antagonisme fort de personnes (Lionel Collet vs G\u00e9rard Brichon), cette animosit\u00e9 a eu certainement un r\u00f4le important pour l\u2019histoire de la station. La cr\u00e9ation ou le d\u00e9placement d\u2019une \u00e9quipe de biologistes n\u00e9cessitait la remise aux normes et en \u00e9tat de la station, et le co\u00fbt a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 trop \u00e9lev\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque (voir les interviews de Lionel Collet, G\u00e9rard Brichon et Fr\u00e9d\u00e9ric Fleury, pr\u00e9sident de l\u2019UCBL entre 2016 et 2020). Pr\u00e9textant que l\u2019Institut se trouvait \u00e0 bonne distance du si\u00e8ge de l\u2019UCBL \u00e0 Lyon, bien qu\u2019\u00e9tant \u00ab&nbsp;partisan de trouver une solution&nbsp;\u00bb, Lionel Collet n\u2019a pas su ou n\u2019a pas pu investir dans la r\u00e9novation de la station. L\u2019IMP n\u2019\u00e9tait pas une priorit\u00e9 pour le conseil d\u2019administration de l\u2019\u00e9poque. Ce dernier a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 investir par exemple dans la r\u00e9novation des laboratoires de chimie situ\u00e9s sur le campus de la Doua, \u00e0 Lyon. De plus, d\u2019apr\u00e8s Lionel Collet, \u00ab&nbsp;le proc\u00e8s a bloqu\u00e9 toute initiative&nbsp;\u00bb. Une rumeur non confirm\u00e9e, contredite par Lionel Collet&nbsp;<a id=\"ap7\" href=\"#nt7\"><sup>7<\/sup><\/a>, raconte que l\u2019UCBL aurait voulu vendre le b\u00e2timent et le terrain. <\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, le domaine de la physiologie \u00e9tait dans une \u00ab&nbsp;situation instable&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019UCBL, et l\u2019UMR 5123, \u00ab&nbsp;Physiologie int\u00e9grative cellulaire et mol\u00e9culaire&nbsp;\u00bb, au sein de laquelle Jacques Bodennec avait \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9 en 2004, avait \u00e9t\u00e9 dissoute, co\u00efncidant avec la p\u00e9riode de fermeture de la station. L\u2019unit\u00e9 dont d\u00e9pendait l\u2019\u00e9quipe de G\u00e9rard Brichon, \u00e9tait compos\u00e9e de trois \u00e9quipes de recherche. La premi\u00e8re a rejoint le Centre de neurosciences de Lyon, la deuxi\u00e8me a rejoint l\u2019Institut NeuroMyoGene et la troisi\u00e8me un autre institut sur le campus de la Doua. Par cons\u00e9quent, le laboratoire de physiologie int\u00e9grative, tel qu\u2019il existait au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, n\u2019existait plus, ce qui compromettait \u00e9galement sur le plan administratif l\u2019existence de l\u2019IMP. Jacques Bodennec confirme&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c0 partir du moment o\u00f9 l\u2019IMP n\u2019\u00e9tait pas contractualis\u00e9, faire de la recherche, c\u2019\u00e9tait presque mission impossible.&nbsp;\u00bb \u00c0 l\u2019\u00e9poque, Jacques Bodennec avait propos\u00e9 un projet pour la continuit\u00e9 de la station, d\u00e9volu \u00e0 l\u2019\u00e9tude des lipides complexes, avec un volet formation, un volet valorisation, en collaboration avec le Service de sant\u00e9 des arm\u00e9es, bas\u00e9 \u00e0 Toulon. Mais dans la m\u00eame p\u00e9riode, ce dernier a \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement restructur\u00e9 en France, les services de recherche \u00e9tant recentr\u00e9s \u00e0 Br\u00e9tigny-sur-Orge, en r\u00e9gion parisienne, mettant \u00e0 mal le projet propos\u00e9 par Jacques Bodennec. Plus tard, un autre projet, mis en avant par le vice-pr\u00e9sident de l\u2019\u00e9poque \u00e0 l\u2019UCBL, Guy Amat, \u00e9mergera. Le projet, d\u00e9fendu par une unit\u00e9 lyonnaise, portait sur l\u2019\u00e9tude des coraux, un sujet scientifique peut-\u00eatre jug\u00e9 inappropri\u00e9 par rapport \u00e0 la situation locale de l\u2019Institut. <\/p>\n<p>D\u00e8s 2007, G\u00e9rard Brichon tente par plusieurs moyens de s\u2019opposer \u00e0 la d\u00e9cision de l\u2019Universit\u00e9 Lyon&nbsp;1 de fermer le laboratoire de biologie marine. D\u2019apr\u00e8s Fran\u00e7ois-No\u00ebl Gilly, pr\u00e9sident de l\u2019UCBL de 2012 \u00e0 2016, Lionel Collet \u00ab&nbsp;pensait encore \u00eatre dans les premi\u00e8res universit\u00e9s \u00e0 passer \u00e0 la d\u00e9volution du patrimoine, en m\u00eame temps que le passage aux RCE&nbsp;<a id=\"ap8\" href=\"#nt8\"><sup>8<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb. Fran\u00e7ois Goulard, ministre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la Recherche \u00e0 l\u2019\u00e9poque, invit\u00e9 en f\u00e9vrier 2007 par Marc Vuillemot, le maire de La Seyne, veut pourtant assurer le devenir de l\u2019Institut, et pr\u00e9voit un versement de 100 000 euros pour une premi\u00e8re phase de restauration de la station. Cette somme, qui transitera par l\u2019UCBL, ne sera finalement jamais allou\u00e9e \u00e0 l\u2019Institut. En septembre 2007, la station n\u2019est plus occup\u00e9e que par son directeur, les \u00e9tudiants du master ne sont plus accueillis \u00e0 Tamaris. Les personnels, en particulier les personnels techniques charg\u00e9s de l\u2019entretien de la station, sont rapatri\u00e9s \u00e0 Lyon. G\u00e9rard Brichon se d\u00e9fend comme il peut des attaques dont il est l\u2019objet, et qui manifestement vont au-del\u00e0 de la question de la v\u00e9tust\u00e9 des locaux de l\u2019IMP. \u00c0 plusieurs reprises, des articles lui sont consacr\u00e9s dans <i>Var Matin<\/i> (voir par exemple les articles des 3 janvier et 7 f\u00e9vrier 2008) o\u00f9 il r\u00e9pond syst\u00e9matiquement aux arguments de l\u2019\u00e9quipe pr\u00e9sidentielle lyonnaise&nbsp;: les probl\u00e8mes d\u2019hygi\u00e8ne et de s\u00e9curit\u00e9 ne sont pour lui que des pr\u00e9textes, et il insiste sur le bon niveau scientifique des travaux de l\u2019\u00e9quipe, contrairement \u00e0 certaines insinuations de dirigeants de l\u2019UCBL, lui reprochant d\u2019avoir un niveau de publication trop faible. En janvier 2008, une commission charg\u00e9e d\u2019\u00e9valuer les conditions de d\u00e9m\u00e9nagement des laboratoires et des archives de l\u2019IMP se rend sur place. Pourtant, concernant les questions d\u2019hygi\u00e8ne et de s\u00e9curit\u00e9, les laboratoires avaient subi une mise aux normes et une r\u00e9novation en 2005. La \u00ab&nbsp;d\u00e9couverte&nbsp;\u00bb de f\u00fbts radioactifs n\u2019est pas une surprise&nbsp;: l\u2019\u00e9quipe utilisait en effet des traceurs radioactifs pour les exp\u00e9riences de biologie, dans des conditions contr\u00f4l\u00e9es. Jacques Bodennec&nbsp;: \u00ab&nbsp;La radioactivit\u00e9, on sait ce qu\u2019il faut faire et ne pas faire, les gants, les \u00e9crans, les tabliers de plomb si on utilise du phosphore P32 par exemple.&nbsp;\u00bb Et G\u00e9rard Brichon de rench\u00e9rir&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019\u00e9tait tous les d\u00e9chets de produits scintillants qu\u2019on utilisait, stock\u00e9s normalement, dans des f\u00fbts normalis\u00e9s&nbsp;\u00bb. Mais rien n\u2019y fait. La d\u00e9cision de fermer l\u2019Institut intervient le 1<sup>er<\/sup> mai 2008. \u00ab&nbsp;J\u2019ai appris que la Station fermait en lisant le journal&nbsp;! On ne m\u2019a m\u00eame pas pr\u00e9venu, pas m\u00eame un coup de t\u00e9l\u00e9phone&nbsp;!&nbsp;\u00bb, pr\u00e9cise son directeur. En juin 2008, des d\u00e9m\u00e9nageurs sont \u00e0 pied d\u2019\u0153uvre pour r\u00e9cup\u00e9rer les mat\u00e9riels. Malheureusement, faute peut-\u00eatre de personnels qualifi\u00e9s, de nombreux d\u00e9g\u00e2ts sont alors \u00e0 d\u00e9plorer. \u00c0 la suite du d\u00e9m\u00e9nagement, \u00ab&nbsp;les collections [qui se trouvent alors sur le campus de la Doua o\u00f9 se rend le directeur] sont maintenant bonnes \u00e0 foutre \u00e0 la poubelle&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Des livres, dont certains datent de 1840, ont \u00e9t\u00e9 jet\u00e9s \u00e0 la benne. Dans des circonstances agit\u00e9es, la partie biologie est par cons\u00e9quent suspendue. Mais pas l\u2019activit\u00e9 scientifique de la station. Quelques ann\u00e9es auparavant, l\u2019UCBL avait \u00e9tabli une convention avec le CNRS pour d\u00e9velopper dans les locaux de l\u2019IMP une partie du projet ANTARES (voir plus loin, chapitre 2.2.3).<\/p>\n<h3>2.2.2. Les associations seynoises se mobilisent pour les b\u00e2timents de la corniche, et en particulier l\u2019Institut Michel Pacha, b\u00e2timent embl\u00e9matique de la commune<\/h3>\n<p>Plusieurs associations ont montr\u00e9 leur int\u00e9r\u00eat pour le devenir de l\u2019IMP, et plus g\u00e9n\u00e9ralement sur la situation de la corniche&nbsp;<a id=\"ap9\" href=\"#nt9\"><sup>9<\/sup><\/a>. En 2011, une mobilisation citoyenne pour \u00ab&nbsp;sauver&nbsp;\u00bb l\u2019IMP avait \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e par Nathalie Bicais, architecte, artiste et femme politique (elle est aujourd\u2019hui \u00e9lue au Conseil de d\u00e9partement du Var). D\u2019apr\u00e8s elle, la plus importante r\u00e9alisation de Michel Pacha, c\u2019est la corniche de Tamaris. L\u2019IMP est \u00e0 l\u2019articulation entre la baie et le quartier historique de Tamaris. En accord avec la municipalit\u00e9, et en particulier l\u2019adjointe du maire charg\u00e9e du patrimoine, Florence Cyrulnik, une volont\u00e9 de pr\u00e9servation, d\u2019une part, et d\u2019int\u00e9gration, d\u2019autre part, est manifeste. L\u2019aire de mise en valeur de l\u2019architecture et du patrimoine (AVAP) encadre pour la corniche par exemple les autorisations de construire ou de travaux, avec comme objectif d\u2019am\u00e9nager un front de mer paysager. La zone qui correspond \u00e0 la \u00ab&nbsp;coupure verte&nbsp;\u00bb est inconstructible. Diff\u00e9rents Comit\u00e9s d\u2019Int\u00e9r\u00eats Locaux (CIL) se sont mobilis\u00e9s pour la conservation des maisons anciennes, et l\u2019IMP, laiss\u00e9 sans entretien visible pendant des ann\u00e9es a alert\u00e9 aussi la population locale. Nathalie Bicais, qui avait cr\u00e9\u00e9 l\u2019association AVEC (Association pour la Vitalisation Et la Convivialit\u00e9), rencontre de nombreux acteurs locaux et tente de convaincre, en phase avec la commune de La Seyne, d\u2019une action commune, pour \u00ab&nbsp;imaginer une collaboration entre la ville, le conseil g\u00e9n\u00e9ral et l\u2019agglom\u00e9ration&nbsp;\u00bb. Elle sugg\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9poque la transformation du b\u00e2timent principal en mus\u00e9e, rejoignant ainsi les intentions de certains descendants de Michel Pacha (voir plus loin). Leur influence restera malgr\u00e9 tout assez faible, l\u2019universit\u00e9 Lyon&nbsp;1 restant propri\u00e9taire du terrain et des b\u00e2timents, et engag\u00e9e pendant des ann\u00e9es dans une suite de proc\u00e8s avec les ayants droit de Michel Pacha.<\/p>\n<h3>2.2.3. Les h\u00e9ritiers de Michel Pacha font valoir leurs droits<\/h3>\n<p>Les ann\u00e9es qui ont suivi la fermeture du laboratoire ont donn\u00e9 l\u2019occasion aux descendants (ou ayants droit) de Michel Pacha d\u2019intenter un proc\u00e8s \u00e0 l\u2019UCBL pour non respect du contenu du legs pour au moins un aspect&nbsp;: l\u2019abandon de l\u2019activit\u00e9 de recherche en physiologie marine. Parmi les descendants, certains appartenaient depuis des ann\u00e9es au conseil de perfectionnement de la station, ils ont ainsi directement assist\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la situation. D\u00e8s 2008, les ayants droit manifestent leur intention de porter plainte et de mener une action en justice. En premi\u00e8re instance, le tribunal de Toulon leur donne raison, le 17 novembre 2011, les juges ayant prononc\u00e9 \u00ab&nbsp;la r\u00e9vocation de la donation consentie par acte en date du 18 janvier 1890, pour cause d\u2019inex\u00e9cution dans lesquelles elle a \u00e9t\u00e9 faite&nbsp;\u00bb. Les dix-huit ayants droit ne sont apparemment pas tous d\u2019accord sur les suites \u00e0 donner, mais un projet ressort&nbsp;: la r\u00e9habilitation des b\u00e2timents pour en faire un mus\u00e9e sur le th\u00e8me de l\u2019Orient, des phares et des balises, en rappelant ainsi les actions de leur anc\u00eatre, Michel Pacha. Suite au jugement du tribunal, le pr\u00e9sident de l\u2019UCBL de l\u2019\u00e9poque, Alain Bonmartin, fait appel de la d\u00e9cision de justice de novembre 2011, et le proc\u00e8s en appel se d\u00e9roule \u00e0 la cour d\u2019Aix-en-Provence. Le jugement confirme le 19 septembre 2013 la d\u00e9cision de premi\u00e8re instance, et Fran\u00e7ois-No\u00ebl Gilly, le nouveau pr\u00e9sident&nbsp;<a id=\"ap10\" href=\"#nt10\"><sup>10<\/sup><\/a>, d\u00e9cide d\u2019aller en cassation, pourtant non suspensive du jugement rendu par le tribunal d\u2019appel (d\u00e9cembre 2013). En juin 2015, la cour de cassation casse la d\u00e9cision de la cour d\u2019appel d\u2019Aix-en-Provence avec des arguments qui paraissent \u00e9tonnants&nbsp;: \u00ab&nbsp;les ayants droit n\u2019ont jamais d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019ils l\u2019\u00e9taient&nbsp;\u00bb, et sur le plan de la recherche, \u00ab&nbsp;il paraissait difficile pour les magistrats de la cour de cassation qu\u2019on puisse reprocher \u00e0 une universit\u00e9 d\u2019avoir modifi\u00e9 [un si\u00e8cle plus tard] sa strat\u00e9gie de recherche&nbsp;\u00bb. La cour de cassation exige un nouveau proc\u00e8s en appel en dehors du d\u00e9partement du Var. Elle d\u00e9signe la cour d\u2019appel de Grenoble. L\u2019UCBL d\u00e9cide apr\u00e8s le jugement de cassation d\u2019entreprendre une premi\u00e8re s\u00e9rie de travaux sur le b\u00e2timent principal (Rapha\u00ebl-Dubois), r\u00e9novation du b\u00e2timent et remplacement des grilles d\u2019enceinte, \u00e9galement class\u00e9es. En d\u00e9cembre 2016, la cour d\u2019appel de Grenoble donne raison \u00e0 l\u2019universit\u00e9, le tribunal prenant en compte l\u2019activit\u00e9 de recherche du projet ANTARES (voir plus loin). Le jugement de cette nouvelle cour donne des arguments qui se rapprochent de ceux \u00e9voqu\u00e9s en cassation, rapport\u00e9s par le pr\u00e9sident Fr\u00e9d\u00e9ric Fleury&nbsp;: \u00ab&nbsp;Compte-tenu de l\u2019\u00e9volution de l\u2019organisation de l\u2019activit\u00e9 scientifique [\u2026] on ne peut comparer avec un si\u00e8cle d\u2019\u00e9cart les th\u00e9matiques scientifiques entre elles.&nbsp;\u00bb Les conditions du legs peuvent m\u00eame \u00eatre \u00e9loign\u00e9es \u00e0 un p\u00e9rim\u00e8tre qui va bien au-del\u00e0 du seul champ de la physiologie marine, qui est \u00e9largi aux sciences de la nature en g\u00e9n\u00e9ral. Un dernier pourvoi en cassation des ayants droit, intervenu en 2017, a d\u00fb faire patienter encore l\u2019universit\u00e9, mais n\u2019a pas modifi\u00e9 le jugement&nbsp;: l\u2019Institut Michel Pacha restera bien propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019Universit\u00e9 Claude Bernard &#8211; Lyon&nbsp;1. <\/p>\n<h3>2.2.4. Le projet ANTARES install\u00e9 \u00e0 Tamaris d\u00e8s 2006<\/h3>\n<p>Avant la fermeture du laboratoire de biologie en mai 2008, l\u2019UCBL avait sign\u00e9 une convention avec le CNRS, pour l\u2019occupation du premier \u00e9tage de l\u2019Institut Michel Pacha, avec le projet ANTARES. Ce projet concerne en premier lieu des chercheurs en astrophysique, un projet d\u2019ampleur internationale. ANTARES concerne une quinzaine de laboratoires europ\u00e9ens, en particulier le CPPM (Centre de physique des particules de Marseille), unit\u00e9 mixte de recherche (UMR) qui d\u00e9pend de l\u2019Institut IN2P3 du CNRS (Institut national de physique nucl\u00e9aire et de physique des particules) auquel appartient \u00e9galement le laboratoire APC (AstroParticules et Cosmologie) de l\u2019universit\u00e9 Paris Diderot. D\u2019apr\u00e8s Vincent Bertin, responsable scientifique au CPPM, le projet consiste \u00ab&nbsp;\u00e0 d\u00e9tecter les neutrinos d\u2019origine cosmique, cr\u00e9\u00e9s par les cataclysmes de l\u2019univers comme l\u2019effondrement d\u2019\u00e9toiles super-massives qui forment les trous noirs&nbsp;\u00bb. Mis en service en 2008, un t\u00e9lescope d\u2019un genre particulier, dot\u00e9 de lignes de capteurs sensibles, est immerg\u00e9 par 2 400 m\u00e8tres de fond, au large de l\u2019\u00eele de Porquerolles, pour \u00e9viter tout rayonnement lumineux. Les donn\u00e9es collect\u00e9es sont transmises par fibre optique jusqu\u2019\u00e0 la plage des Sablettes, proche de la corniche Georges Pompidou, puis jusqu\u2019\u00e0 la salle de contr\u00f4le de l\u2019IMP, avant d\u2019\u00eatre transmises au centre de calcul de Lyon. Un neutrino cosmique, qui va traverser toute la plan\u00e8te, interagit avec un atome terrestre et donne une particule charg\u00e9e secondaire, par exemple un muon. Les muons, qui \u00e9mettent de la lumi\u00e8re lorsqu\u2019ils traversent un milieu transparent, sont capt\u00e9s par les d\u00e9tecteurs, signatures de la pr\u00e9sence et de la trajectoire d\u2019un neutrino cosmique. D\u2019autres signaux, beaucoup plus nombreux, correspondent, non pas aux neutrinos cosmiques, mais \u00e0 des neutrinos de moindre int\u00e9r\u00eat pour les chercheurs, et \u00e0 des organismes marins (bact\u00e9ries, plancton). Ces r\u00e9sultats ont donn\u00e9 lieu \u00e0 des collaborations avec des biologistes, notamment lors de l\u2019identification d\u2019une nouvelle bact\u00e9rie luminescente baptis\u00e9e\u2026 Antares&nbsp;!&nbsp;<a id=\"ap11\" href=\"#nt11\"><sup>11<\/sup><\/a> Lors des premi\u00e8res exp\u00e9riences, le \u00ab&nbsp;bruit de fond&nbsp;\u00bb planctonique avait \u00e9tonn\u00e9 les physiciens. G\u00e9rard Brichon, qui \u00e9tait encore \u00e0 l\u2019IMP, et qui avait eu l\u2019occasion d\u2019\u00e9changer avec les physiciens, \u00e9tait intervenu&nbsp;: \u00ab&nbsp;Votre longueur d\u2019onde, c\u2019est combien&nbsp;? 430&nbsp;nm. Ca ne m\u2019\u00e9tonne pas que vous en ayez beaucoup, vous \u00eates en train de mesurer la bioluminescence du plancton&nbsp;!&nbsp;\u00bb. D\u2019autres collaborations permettent d\u2019utiliser des courantom\u00e8tres par exemple, servant aux physiciens \u00e0 mesurer la g\u00e9om\u00e9trie de leurs d\u00e9tecteurs, mais dont les donn\u00e9es peuvent aussi \u00eatre utilis\u00e9es par d\u2019autres chercheurs pour mesurer les circulations de courant m\u00e9diterran\u00e9en. Les pr\u00e9l\u00e8vements d\u2019eau profonde permettent \u00e9galement de mesurer la respiration de bact\u00e9ries, qui est un \u00e9l\u00e9ment de compr\u00e9hension des \u00e9changes oc\u00e9an-atmosph\u00e8re. Enfin, les physiciens utilisent des \u00e9missions acoustiques pour mesurer les d\u00e9formations des lignes de capteurs, et ces hydrophones sont aussi int\u00e9ressants pour r\u00e9aliser des \u00e9coutes de c\u00e9tac\u00e9s \u00e0 des fins de recensement de populations, mais aussi pour cr\u00e9er des alertes anti-collision avec les bateaux. Ces \u00e9l\u00e9ments, non exhaustifs, montrent que la recherche a beaucoup \u00e9volu\u00e9 et que des disciplines comme l\u2019astrophysique peuvent donner lieu \u00e0 des collaborations vari\u00e9es dans le domaine \u00e9tendu de la biologie marine. Un deuxi\u00e8me projet, baptis\u00e9 MEUST (Mediterranean Eurocenter for Underwater Sciences and Technologies), chiffr\u00e9 \u00e0 150 millions d\u2019euros, devrait remplacer le premier, et serait localis\u00e9 au m\u00eame endroit&nbsp;<a id=\"ap12\" href=\"#nt12\"><sup>12<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p><strong>Conclusion<\/strong>&nbsp;: Depuis une douzaine d\u2019ann\u00e9es, plusieurs institutions tentent de trouver une solution&nbsp;: l\u2019UCBL, l\u2019universit\u00e9 de Toulon, la mairie de La Seyne-sur-Mer, les conseils g\u00e9n\u00e9raux et r\u00e9gionaux, et les associations. Les \u00e9v\u00e9nements r\u00e9cents sont favorables \u00e0 la continuation d\u2019une activit\u00e9 universitaire diversifi\u00e9e, mais l\u2019ensemble des t\u00e9moignages montrent les oppositions fortes qui \u00e9mergent entre les diff\u00e9rents \u00ab&nbsp;acteurs&nbsp;\u00bb de ce long \u00e9pisode de recherches scientifiques et de conflits.<\/p>\n<p>\u2003<\/p>\n<h2>Notes et r\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p id=\"nt1\"><small><a href=\"#ap1\">1<\/a> Yves Stalloni, <i>L\u2019Homme des phares. La vie tr\u00e8s riche et tr\u00e8s romanesque de Michel Pacha<\/i>, \u00c9d. Sudar\u00e8nes, 2017.<\/small><\/p>\n<p id=\"nt2\"><small><a href=\"#ap2\">2<\/a> Pascale Bugat, \u00ab&nbsp;Les archives de l\u2019Institut Michel Pacha ou l\u2019occasion, pour un archiviste, de d\u00e9couvrir un scientifique humaniste&nbsp;\u00bb, Histoire de la recherche contemporaine, Tome III, n\u00b0 2, p. 2, 2014.<\/small><\/p>\n<p id=\"nt3\"><small><a href=\"#ap3\">3<\/a><\/small><\/p>\n<table style=\"width: 100%; border-spacing: 0;\">\n<tbody>\n<tr>\n<th>Financement de l\u2019Institut<\/th>\n<th>(en milliers de francs \/ en&nbsp;%)<\/th>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Donation Michel Pacha<\/td>\n<td>(40\/37)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Facult\u00e9 des sciences de Lyon<\/td>\n<td>(42\/39)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\u00c9tat (achat d\u2019instruments)<\/td>\n<td>(8\/7,4)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Conseil g\u00e9n\u00e9ral du Var<\/td>\n<td>(8\/7,4)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Commune de La Seyne-sur-Mer<\/td>\n<td>(4\/3,7)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Soci\u00e9t\u00e9 des Amis de l\u2019Universit\u00e9<\/td>\n<td>(2,6\/2,4)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Investissement Rapha\u00ebl Dubois<\/td>\n<td>(2\/1,8)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Association pour l\u2019avancement des sciences<\/td>\n<td>(1,7\/1,6)<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><small>La somme totale correspond \u00e0 108&nbsp;000 francs. La donation de Michel Pacha correspond \u00e0 37&nbsp;% du co\u00fbt total, avoisinant l\u2019investissement de la facult\u00e9 des sciences de Lyon (39&nbsp;%), les deux plus importants investisseurs financiers du projet. L\u2019institution, qu\u2019elle soit nationale ou locale, s\u2019investit relativement peu (3,7 \u00e0 7,4&nbsp;%), et de fa\u00e7on \u00e9tonnante, Rapha\u00ebl Dubois lui-m\u00eame investit sur ses propres deniers pour la construction de l\u2019Institut (\u00e0 hauteur de 1,8&nbsp;%) (d\u2019apr\u00e8s Brichon, G., \u00ab&nbsp;L\u2019Institut Michel Pacha. Une station maritime \u00e0 La Seyne-sur-Mer&nbsp;\u00bb, CR de colloque, 2008. <a href=\"https:\/\/www.histpat-laseyne.net\/regards_n9.html\">https:\/\/www.histpat-laseyne.net\/regards_n9.html).<\/a><\/small><\/p>\n<p id=\"nt4\"><small><a href=\"#ap4\">4<\/a> Philippe Jaussaud, <i>Rapha\u00ebl Dubois et la bioluminescence<\/i>, 2015. <a href=\"https:\/\/halshs.archives-ouvertes.fr\/halshs-01199388\/\">https:\/\/halshs.archives-ouvertes.fr\/halshs-01199388\/<\/small><\/a><\/p>\n<p id=\"nt5\"><small><a href=\"#ap5\">5<\/a> Christian Bange, \u00ab&nbsp;La physiologie appliqu\u00e9e dans les stations maritimes fran\u00e7aises de biologie entre 1880 et 1930 et les recherches de Rapha\u00ebl Dubois \u00e0 Tamaris&nbsp;\u00bb, <i>Bulletin mensuel de la Soci\u00e9t\u00e9 linn\u00e9enne de Lyon<\/i>, 2011, 80&nbsp;(1-2), p. 13-29.<\/small> <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/linly_0366-1326_2011_num_80_1_13799\">https:\/\/www.persee.fr\/doc\/linly_0366-1326_2011_num_80_1_13799<\/a><\/p>\n<p id=\"nt6\"><small><a href=\"#ap6\">6<\/a> G\u00e9rard Brichon, communication personnelle.<\/small><\/p>\n<p id=\"nt7\"><small><a href=\"#ap7\">7<\/a> \u00ab&nbsp;On ne doit pas l\u00e2cher, quand on pr\u00e9side une universit\u00e9, une structure (l\u2019Institut Michel Pacha, NdA) qui a une vocation vraiment scientifique&nbsp;\u00bb.<\/small><\/p>\n<p id=\"nt8\"><small><a href=\"#ap8\">8<\/a> RCE&nbsp;: \u00ab&nbsp;Responsabilit\u00e9s et comp\u00e9tences \u00e9largies&nbsp;\u00bb, li\u00e9es \u00e0 la loi LRU (loi relative aux Libert\u00e9s et Responsabilit\u00e9s des Universit\u00e9s) promulgu\u00e9e par la ministre de l\u2019Enseignement sup\u00e9rieur et de la Recherche, Val\u00e9rie P\u00e9cresse, en 2006.<\/small><\/p>\n<p id=\"nt9\"><small><a href=\"#ap9\">9<\/a> L\u2019association AVEC, Association pour la vitalisation et la convivialit\u00e9, l\u2019association \u00ab&nbsp;Histoire et patrimoine seynois&nbsp;\u00bb, l\u2019association \u00ab&nbsp;Les Amis de Tamaris \u2013 Pacha&nbsp;\u00bb, l\u2019association \u00ab&nbsp;Les Amis de Janas&nbsp;\u00bb, l\u2019association \u00ab&nbsp;La Seyne ancienne et moderne&nbsp;\u00bb, les CIL (comit\u00e9s d\u2019int\u00e9r\u00eat locau) Tamaris et Balanguier\/Le Manteau\/L\u2019Eyguillette.<\/small><\/p>\n<p id=\"nt10\"><small><a href=\"#ap10\">10<\/a> Les changements de pr\u00e9sidence sont fr\u00e9quents dans les universit\u00e9s fran\u00e7aises. Concernant l\u2019UCBL, le d\u00e9c\u00e8s d\u2019Alain Bonmartin a provoqu\u00e9 en 2012 des \u00e9lections anticip\u00e9es. Pour rappel et clarification&nbsp;:<br \/>\n2006-2011&nbsp;: Lionel Collet, 2011-2012&nbsp;: Alain Bonmartin, 2012-2016&nbsp;: Fran\u00e7ois-No\u00ebl Gilly, 2016-2020&nbsp;: Fr\u00e9d\u00e9ric Fleury.<\/small><\/p>\n<p id=\"nt11\"><small><a href=\"#ap11\">11<\/a> Jacques Bodennec, communication personnelle.<\/small><\/p>\n<p id=\"nt12\"><small><a href=\"#ap12\">12<\/a> Jacques Bodennec, communication personnelle.<\/small><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comme le titre de cet article l\u2019indique, l\u2019objectif est de d\u00e9tailler l\u2019histoire r\u00e9cente \u2013 les douze derni\u00e8res ann\u00e9es \u2013 et complexe, impliquant de nombreux \u00ab acteurs \u00bb, qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e autour et \u00e0 propos d\u2019une station maritime originale et superbe, situ\u00e9e sur la commune de La Seyne-sur-Mer, dans le Var, l\u2019Institut Michel Pacha. 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