Les stations marines en France. Institutions, pratiques, cultures.

Frédéric TournierJean-François Ternay

Quels enjeux, quels avenirs nous dévoilent les changements et variations qui traversent les politiques scientifiques et institutionnelles des stations marines ?

Les stations marines sont le modèle d’un genre qui a voulu, en son temps, amener sur la terre « le vivant de la mer », ses organismes plantes et animaux, pour en étudier le fonctionnement in situ, dans un environnement proche de leur milieu de vie. La plupart des stations sont nées au XIXe siècle, permettant aux chercheurs de pouvoir travailler ailleurs que dans les auberges et petites pensions côtières. Les aquarium, les salissures et les odeurs pestilentielles qui les accompagnaient en avaient fait « les bêtes noires » des hôteliers. Entre 1859 et 1899, en France, furent ainsi construites 14 stations marines. La plupart s’intéressant à la zoologie, à la phycologie, à l’océanographie physique et/ou chimique, au déplacement des masses d’eau… ou encore à la pêche.

Chaque station avait une particularité disciplinaire comme la physiologie, la systématique, la cytologie ou encore l’étude du développement… Certaines n’ont eu qu’une existence temporaire, d’autres sont toujours actives comme celles de Wimereux, Roscoff, Concarneau, Banyuls-sur-Mer, Endoume, Villefranche-sur-Mer…avec parfois un changement de localisation ou de propriétaire, et non sans une variation des enjeux scientifiques et politiques.

L’objet de cette recherche est d’étudier ces changements et variations dans les politiques institutionnelles des stations marines. Ils nous renseignent sur le fonctionnement de la science, la politique de production des savoirs et son rapport au territoire tant au niveau local que national ou international.

Pour premier exemple de notre corpus, citons la station de Tamaris à La Seyne-sur-Mer,  première station de physiologie animale au monde pour l’étude des animaux marins. Elle fut laissée exsangue une première fois au sortir de la deuxième guerre mondiale n’ayant pas échappé aux conséquences des bombardements de Toulon. Déjà en 1945 se posait la question de la restaurer ou non ; pour mener quel type de recherche, et avec quels partenaires ?

Aujourd’hui encore la station marine négocie sa survie ; cette fois dans le cadre d’un procès qui l’oppose aux héritiers de son fondateur/donateur : Michel Pacha. Ses descendant reprochent à la station de ne pas se conformer aux directives du legs qui préconisait notamment la nature des recherches devant y être effectuées : la physiologie animale marine. Le fonctionnement institutionnel du laboratoire était également déterminé par ces directives.

Dans ce moments d’intense changement, de « crise », se mobilisent un grand nombre d’acteurs tant institutionnels (avec la justice, l’Etat, les universités, les collectivités territoriales, les institutions scientifiques), qu’économiques (avec les entreprises), sociaux (avec les associations d’usagers), et des personnalités locales (avec des élus,  des chercheurs, des citoyens sensibilisés).

Ces mobilisations qu’accompagnent les changements nous replongent dans l’histoire de la station marine, et nous renseignent sur ses espérances et ses nouveaux enjeux.

La mobilisation des acteurs autour de la station marine de Tamaris n’est pas un cas particulier. Même si chaque station marine n’est pas confrontée à une crise grave, elles sont le fruit des  politiques scientifiques, et induisent elle-même des modifications dans ces politiques scientifiques nationales voire internationales.  Inversement elles génèrent des espaces où peuvent se reconstruire des pratiques locales : autour de chacune d’entres elles s’entremêlent les échelles (local, national et international) et les points de vue (patrimoine et architecture, tourisme, industrie navale, pêcherie, laboratoire, etc.)

Les stations suivantes, fondées au XIXe siècle, font partie de l’échantillon d’institutions que nous étudions sous l’angle de leurs transformations et des jeux d’échelles dans lesquels sont inscrits leurs acteurs :

Concarneau (1859), Roscoff (1872), Wimereux (1874), (Sète) (1879), Banyuls-sur-Mer (1881), Villefranche-sur-Mer (1886), Endoume (1889), Tamaris (1889-1900).

Références bibliographiques

Fischer, Jean-Louis, « Créations et fonctions des stations maritimes françaises », La revue pour l’histoire du CNRS [En ligne], 7 | 2002, mis en ligne le 17 octobre 2006, consulté le 26 septembre 2016. [URL : http://histoire-cnrs.revues.org/537]

Fischer Jean-Louis, 1980, « L’aspect social et politique des relations épistolaires entre quelques savants français et la Station zoologique de Naples de 1878 à 1912 », Revue d’Histoire des Sciences, tome 33, n°3, p. 225-251.

Debaz, Josquin, Stations de biologie marine et observatoires astronomiques à la  fin du XIXe siècle. Deux reflets d’une même politique scientifique ? Cahiers François Viète, Centre François Viète, Université de Nantes, 2016, Entre Ciel et Mer. Des observatoires pour l’enseignement de l’astronomie, des sciences maritimes et le service de l’heure, en France et en Europe, de la  fin du XVIIIe au début du XXe siècle : institutions, pratiques et cultures, sous la direction de Guy Boistel et Olivier Sauzereau. [URL : https://hal-univ-tlse2.archives-ouvertes.fr/HIPHISCITECH/hal-01353864v1]

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