Geoparks: Heritage, Education and Sustainable Development – an Innovative Methodology for Southern Countries

Igor Babou vient d’intégrer le projet européen « Geopark » dirigé par Yves Girault (Paloc, MNHN), et mène actuellement des terrains d’enquête dans les Canaries (Lazarote et El Hierro). Dans ce programme, présenté plus bas, il s’intéresse au phénomène de “l’hyperpatrimonialisation”, c’est à dire à la superposition ou à la juxtaposition, sur un même territoire, d’une grande quantité de labels patrimoniaux comme c’est le cas dans les îles d’El Hierro et de Lanzarote. Lanzarote est ainsi une Réserve de Biosphère, un Géoparc, et comporte des sites Natura 2000, un Parc National, un Parc Naturel, des paysages protégés, et des réserves intégrales. Dans chacun de ces espaces patrimoniaux, des activités scientifiques et de vulgarisation sont organisées (plusieurs musées de science et centres d’interprétation), ce qui amène les scientifiques et les gestionnaires de ces dispositifs patrimoniaux à entrer en contact avec les acteurs du monde associatif, du monde politique, culturel, économique, etc.

Cette profusion de labels patrimoniaux, et les forts enjeux économiques, touristiques, culturels et identitaires qui y sont associés, en raison du succès touristiques des territoires inscrits sous ces labels, favorisent-ils l’émergence d’une conflictualité au sein ou entre les territoires ? Inversement, des dynamiques de collaboration et d’association émergent-elles ? Par ailleurs, un géoparc, même dans un territoire insulaire, n’est pas une île dans une île : d’après nos premières observations, il s’inscrit dans des réseaux internationaux de collaboration, dans un champ mondialisé du patrimoine et du marché de l’éco-tourisme, et dans les enjeux nationaux et internationaux des mouvements écologistes. Quels peuvent être les effets de tous ces phénomènes sur l’environnement ? Quel est, enfin, le rôle politique et culturel de l’Unesco dans ces dynamiques, ainsi que celui des acteurs des collectivités territoriales, du monde associatif, des artistes, etc. ? Ces questions imposent une réflexion sur les jeux et enjeux d’échelles territoriales, et la relation local/global ne peut être éludée dans des territoires insulaires au nom d’une prudence académique soucieuse d’éviter les “réifications”. De même pour les rapports Nord-Sud dans le champ patrimonial. Il s’agit donc d’interroger, sur des bases empiriques, les politiques de la nature et la relation entre des logiques d’appropriation sociale et des logiques d’institutionnalisation du patrimoine.

Au-delà de ces aspects de la construction sociale du territoire, le fait que les objets patrimoniaux soient composés dans les géoparcs de volcans parfois actifs, de champs et de tunnels de lave, de paysages telluriques, c’est à dire d’objets dotés d’une matérialité et d’une visibilité non négligeable, interdit de ne se focaliser que sur ces phénomènes de “construction sociale”. Il s’agit d’intégrer à l’analyse et aux descriptions ethnographiques les dynamiques propres à la nature, ce qui na rien d’évident d’un point de vue épistémologique ou méthodologique.

L’approche s’appuie sur une démarche d’enquête de terrain, des observations de pratiques, des entretiens, des visites de sites, etc. Elle s’inscrit dans la durée (3 ans d’observations réparties sur des périodes allant de 15 jours à un mois sur place), et cherche à être attentive à la diversité des personnes et des groupes impliqués, à la structuration des politiques publiques, ainsi qu’à la matérialité des paysages, à leur mise en discours et à leur artialisation.

Le lien vers la description du programme européen : http://geopark-h2020.fr/fr/category/le-projet/le-programme/

Partenaires :

  • Museum National d’Histoire Naturelle
  • Université Cadi Ayyad (Marrakech)
  • Universitat Autonoma de Barcelona
  • Cerdan S. L.

Problématiques de la recherche

Le projet européen « GEOPARK » a pour objectif d’étudier de manière comparée (Nord/Sud) les processus de patrimonialisation (nature, culture) dans un contexte de labélisation internationale (discours) par l’UNESCO et de s’interroger sur la notion de « patrimoine géologique » selon le Réseau mondial des géoparcs à l’aune de méthodologies empiriques de collectes de données patrimoniales (inventaires) et de dynamiques de développement socio-économique des territoires par le géotourisme.

Ainsi, le projet européen « GEOPARK » s’articule autour de quatre axes scientifiques et d’enseignement:

  1. Inventaires géologiques, minéralogiques et biologiques (Vallée du Zat, Maroc)
  2. Cartographie des patrimoines naturels et culturels (Vallée du Zat, Maroc)
  3. Le géotourisme comme dynamique socio-économique et durable du territoire
  4. Création d’un Master 2 européen (plateforme à distance : MNHN) « Geopark : Heritage Conservation and Sustainable Management ».

Sites patrimoniaux comparés (Maroc, Espagne) :

L’inscription de sites géologiques européens sur la Liste des géoparcs du Réseau mondial des géoparcs a initié une dynamique de reconnaissance par la communauté scientifique (experts, chercheurs) et internationale (UNESCO, Conseil de l’Europe) sur les caractéristiques singulières qui lient l’histoire des Hommes et celle de la Terre. Ainsi, de nombreux pays européens ont mis en place un processus d’inscriptions sur leur territoire national suite à la mobilisation de quatre parcs géologiques nationaux (France, Grèce, Allemagne et Espagne). Pionniers dans la gestion de sites géologiques, ces quatre organes ont impulsé la création du Réseau des Géoparcs Européens avec le soutien de l’UNESCO. En effet, cette organisation inter-gouvernementale était déjà mobilisée sur la protection du « patrimoine géologique » dans le cadre d’une pluralité d’outils normatifs (UICN, CoE, UNESCO) à l’instar de la Convention du patrimoine mondial (1972) par l’inscription de sites géologiques remarquables en tant que « patrimoine naturel » (article 2) ayant une « valeur universelle exceptionnelle ». Par ailleurs, les quatre géoparcs nationaux fondateurs se sont dotés très tôt de musées scientifiques (géosciences, histoire naturelle) afin d’élargir les enjeux de la préservation du « patrimoine géologique » et ainsi, favoriser la compréhension de la valeur des paysages géologiques, les savoirs des sciences de la Terre et sensibiliser les générations aux problématiques d’éducation à l’environnement (Venzal, 2012 :291). L’Espagne a ainsi développé une politique d’inscriptions (onze géoparcs sur son territoire national) portant ainsi cet Etat membre du Réseau des Géoparcs Européens comme l’un des plus actifs de la zone Europe.

Ainsi, dans le cadre du projet « GEOPARK », le Géoparc de Catalogne Centrale (2012) s’inscrit en tant que « point de référence » dans le processus de candidature et de patrimonialisation (nature, culture) sur un territoire géologique remarquable proche d’un espace urbain (60 km), cosmopolite et touristique majeur en partie inscrit sur la Liste du patrimoine mondial, à savoir la ville de Barcelone (1997). De même, la vallée du Zat est un territoire rural du Haut-Atlas situé à une soixantaine de km de la ville de Marrakech, elle-même membre des Villes du Patrimoine Mondial et inscrite sur la Liste de l’UNESCO depuis 1985. Cette vallée située sur le plateau du Yagour, peu fréquentée des touristes mais développant un écotourisme durable, possède des atouts géologiques et archéologiques remarquables, avec notamment l’un des principaux sites de gravures rupestres du Haut Atlas de Marrakech (Bellaoui, 2005). Depuis la récente inscription (2014) du géoparc du M’Goun dans le Haut-Atlas, le Maroc devient ainsi le premier pays arabe et africain à intégrer le Réseau mondial des Géoparcs et chef de file du réseau africain des Géoparcs : African Geoparks Network.

 

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